« Le film sert à ouvrir des petits verrous, à regarder un peu plus en profondeur par le biais de la comédie. »
Entretien avec Jean Dujardin
Après Brice de Nice, l’éternel ado, et OSS 117, espion malgré lui, on vous retrouve avec le look de Beigbeder, pour un personnage disjoncté… Qui est donc Octave ?
Fréderick Beigbeder s’amuse à dire que c’est un Don Quichotte sous « coke », moi je le vois plutôt comme le Valmont de la pub ! C’est un doux mélange des deux.
Qu’est-ce qui vous a plu dans ce projet ?
L’univers et l’originalité, l’écriture et aussi le fait de travailler avec un fin technicien comme Jan. Ayant lu le bouquin après le scénario, j’ai trouvé l’adaptation assez maligne. Dans le déroulé comme dans les dialogues. Mais le film est plus léger, c’est une « dramédie » ! Ce qui me plaît aussi c’est qu’il y a plusieurs degrés d’humour, du plus potache au plus trash, du plus cynique au plus grinçant. C’est du « potrash » en fait ! (rires)
Avez-vous rencontré Beigbeder pour camper ce publicitaire cruel, cynique et séduisant, inspiré de sa propre expérience dans le milieu de la pub ?
Bien sûr ! Je l’ai suivi dans une de ses virées nocturnes. On le sait, c’est
un personnage qui a beaucoup d’esprit mais il peut aussi être très accessible
car très premier degré. Sa pensée et son univers sont assez bien retranscrits.
Qu’est-ce que cela vous fait d’incarner un personnage inspiré d’une personne réelle ?
Rien de spécial. Car je ne suis pas en imitation de Beig, je pense à Octave,
à sa situation, à ce qu’il ressent. Dans le livre, Octave dit : « dans
ma profession, personne ne souhaite le bonheur des gens car les gens heureux ne consomment pas… » C’est la misère qui dope la consommation. Il n’y a qu’à voir les journaux people. S’ils titraient Jean Dujardin est heureux, ça n’irait pas du tout, ils ne vendraient rien.
Le métier de comédien n’est-ce pas l’inverse de cette philosophie ?
Complètement. Mais le bonheur, c’est aussi ce que les publicitaires essaient de nous vendre. C’est ça qui est intéressant dans le film, on n’arrive pas avec nos banderoles en disant c’est dégueulasse vous vous faites arnaquer par la pub. Les gens ne sont pas dupes. Ils savent que les affiches 4 x 3 sont des carottes mais le film sert à ouvrir des petits verrous, à regarder un peu plus en profondeur par le biais de la comédie, de la légèreté. Les personnages sont acides, le film ne l’est pas.
Vous avez de nombreux fans jeunes, ne craignez-vous pas que ce personnage décadent donne une mauvaise image de vous ?
Ce n’est pas parce que j’ai joué Brice que j’ai une mission auprès des enfants ! C’est aux parents qu’incombe la responsabilité de montrer ou non le film à leurs enfants. Mais tout cela reste du cinéma, du « il était une fois ».