Rencontre avec Denis Dercourt
Trois ans après Mes enfants ne sont pas comme les autres, le réalisateur,professeur au conservatoire de musique de Strasbourg, signe pour son cinquième opus une histoire de vengeance sur fond de musique classique. Il concilie avec maestria musique et cinéma. Deux arts auxquels il a succombé. En effet, son grand-père était directeur de production, son père producteur de télévision et sa mère professeur de piano. Confidences.
D’où vous est venue l’idée du scénario ?
J’avais envie d’écrire un film sur la manipulation et la vengeance. Comme au moment de l’écriture j’étais au Japon, où la vengeance est un thème très fort, mon séjour m’a beaucoup influencé. J’ai ensuite rapproché ce sujet de mon univers : celui de la musique et des concerts.
Je suis professeur au conservatoire de musique de Strasbourg et été alto dans l’Orchestre symphonique français. Enfin, je voulais une confrontation assez physique entre deux femmes.
Y a-t-il une part d’autobiographie ?
Certainement. Le décor est un château que je connais. De même, je connais très bien l’univers des concours pour avoir été plusieurs fois membre de jurys. Je me suis servi de mon expérience comme point de départ puis ai laissé libre cours à mon imagination.
Votre scénario est-il réglé comme du papier à musique ?
Absolument ! Comme c’est l’histoire d’une vengeance, il fallait être méthodique. Le film se passe dans un milieu rigoureux, les acteurs ont dû jouer une partition très écrite. Et puis en explorant le genre du thriller, j’ai retrouvé dans les mécanismes du suspense des techniques d’écriture de la musique : les notions de tension/détente, de ralentissement/accélération, les cadences, les variations de tempo, les points d'orgue, les points d'arrêt, etc.
Avez-vous participé à la composition de la musique ?
Avec Jérôme Lemonnier, le compositeur, nous avons travaillé de concert. Nous avons cherché les notes justes pour susciter des émotions particulières. Il fallait être très minutieux. De même, j’ai aussi beaucoup travaillé avec François Gedigier, le monteur, qui connaît lui aussi très bien la musique, pour que chaque plan et chaque note de musique soient parfaitement en accord.
Comment s’est fait le choix des comédiens ?
Dans cet univers de musique de chambre, très intime, le choix des comédiens était crucial. Les comédiennes devaient exprimer toute cette ambiguïté que je voulais. Je rêvais de travailler avec Catherine Frot depuis longtemps. Comme elle excelle dans la comédie, registre le plus difficile, elle est capable de tout jouer. Catherine a une grande maîtrise du jeu, c’est pourquoi cela m’intéressait qu’elle incarne cette femme qui ne maîtrise plus rien, ni son destin ni ses émotions. Pour le rôle de la jeune fille, virtuose de la manipulation, on cherchait une jeune actrice au moment où est sorti L’Enfant des frères Dardenne avec Déborah François. Immédiatement, le producteur a su que c’était elle qu’il nous fallait. Dès le premier essai, elle a été sensationnelle. Quant à Pascal Greggory, j’avais envie de le filmer depuis longtemps.
Comment dirigez-vous vos acteurs ?
Je suis assez rigoureux comme en musique. Je les guide sur la gestuelle et les intonations de voix et de ces indications naît naturellement la rigueurpsychologique de leur personnage.
Votre expérience de musicien vous aide donc beaucoup dans votre métier de cinéaste…
Oui, et surtout en ce qui concerne la gestion du temps. En un court laps de temps, nous devons amener le spectateur d’un point A à Z sans qu’il s’ennuie. Et puis comme disait Kubrick : « L’association des images et de la musique, c’est la chose la plus forte que le cinéma puisse apporter».
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