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Jack Nicholson

Jack Nicholson

Acteur monstre, Jack Nicholson a su mettre à profit son physique atypique et inquiétant en jouant des rôles de marginaux dérangés et souvent excessifs pour les plus importants réalisateurs américains. Son visage grimaçant, son regard halluciné, son jeu parfois extravaguant, font en effet de l'acteur une cristallisation des angoisses d'une Amérique dont la normalité verse vers la folie, comme en témoignent ses rôles d'écrivain reclus tentant d'assassiner sa famille dans Shining de Kubrick, de petit voleur condamné à purger sa peine dans un hôpital psychiatrique dans Vol au dessus d'un nid de coucou de Milos Forman ou de bandit devenant un super-vilain haut en couleur et ricanant dans le Batman de Tim Burton. Mais la folie des personnages de Nicholson a aussi à voir avec le rire, dont les grimaces de l'acteur présentent souvent dans des drames la face sombre et inquiétante. Il n'est alors pas étonnant qu'il devienne à l'aurore des années 70 un des acteurs les plus recherché et sollicité par les metteurs en scène du nouvel Hollywood, tant l'intensité de son jeu peut l'apparenter à un James Cagney moderne et psychédélique (c'est d'ailleurs en pensant à l'acteur de L'Enfer est à lui que Kubrick l'engagea dans [g]Shining[/g]).

Dans ses jeunes années, on ne trouve pourtant que sporadiquement des traces des excès futurs, Nicholson restant encore sobre dans les westerns, les films de bickers et d'horreur dans lesquels il joue pour Roger Corman. C'est la spontanéité de l'apprenti comédien, élevé dans un quartier populaire du New Jersey qui pousse le découvreur de talents Roger Corman à lui donner sa chance dans des rôles de petits délinquants dans des série-B comme The Cry Baby Killer, ou The Wild Ride. Monté à Los Angeles à 17 ans, il aura suffit de ce coup de pouce de Corman pour que l'acteur, d'abord employé de bureau pour la MGM, puis figurant et second rôle dans nombre de séries télé de la fin des années 50, devienne un des acteurs fétiches de l'American International Picture. Mais de cette décennie, ce sont surtout ses collaborations avec le réalisateur Monte Hellman qui retiennent l'attention. Les deux hommes se rencontrent sur le tournage de [g]The Wild One [/g]et s'attellent à l'écriture d'un scénario autobiographique qui n'aboutira pas. Ils tournent ensemble quelques films (Flight to Fury, Back Door to Hell), mais c'est un double projet qui va les distinguer. Les deux hommes proposent à Corman de tourner deux western pour le prix d'un en réutilisant la même équipe et les mêmes décors, ce que le producteur économe ne peut refuser. Ils s'attellent alors à The Shooting et à L'ouragan de la vengeance, aux sensibilités personnelles et européennes dans lesquels Nicholson fait preuve d'un réel talent d'acteur, bien au delà du rictus machiavélique auquel se résumait souvent son jeu dans les autres productions Corman. Après ces deux sommets, Nicholson participe à l'épique aventure Easy Rider, en compagnie de Dennis Hopper et Peter Fonda, qui ouvre à l'acteur les portes de la renommé à l'aurée des années 70, période de liberté et d'expérimentation pour le cinéma américain, dont le comédien va devenir l'une des figures emblématiques.

Outre [g]Easy Rider[/g], c'est une rencontre avec un autre réalisateur qui va encore révolutionner la carrière de l'acteur. Il écrit avec Bob Rafelson une curiosité musicale synthétisant l'esprit de la fin des années 60 intitulé Head, mais c'est surtout grâce à son rôle dans Cinq Pièces faciles que son talent explose. Il touche en effet dans le rôle d'un homme en rupture avec sa famille, et travaillant sur une plate forme pétrolière. Ce portrait sensible de la classe ouvrière américaine lui vaut une nomination à l'oscar et un rôle dans un ambitieux projet de polar sur une compagnie des eaux corompue de LA. Le film est signé Polanski et le premier rôle féminin est tenu par Faye Dunaway . Nicholson endosse dans cet hommage au film noir intitulé Chinatown la défroque d'un détective privé désabusé. Bien des années plus tard, en 1991, Nicholson reprendra son personnage dans Piège pour un privé, dont il signe lui-même la mise en scène. Le succès du film et la notoriété dont il jouit alors lui permettent de multiplier les expériences atypiques. Il réalise ainsi un film assez expérimental, Drive, He said, se déroulant dans le milieu l'estudiantin américain, avant de partir en Espagne tourner sous la direction d'Antonioni Profession : Reporter. De retour au Etats-Unis, les propositions abondent : Mike Nichols le fait jouer dans La Bonne fortune, Milos Forman lui fait visiter un asile dans [g]Vol au dessus d'un nid de coucou[/g], Arthur Penn lui présente Marlon Brando dans The Missouri Breaks, alors qu'Elia Kazan le fait participer au Dernier nabab.

Après ce surmenage, la filmographie de l'acteur se fait plus légère jusqu'à ce que Kubrick n'utilise le visage grimaçant et élastique de l'acteur jusqu'à transformer ses expressions en visions diaboliques dans [g]Shining[/g] en 1980. Il complète dans les décennies qui suivent les collaborations avec les réalisateurs qui lui avaient échappé dans les années 70, comme Warren Beatty (Reds), John Huston (L'Honneur des Prizzi), ou Martin Scorsese (Les Infiltrés) et continue de jouer pour ses cinéastes fétiches comme Bob Raphelson (Le Facteur sonne toujours deux fois, Blood and Wine) ou Mike Nichols (La Brulure, Wolf).

Plusieurs tendances se détachent de ses rôles des années 90 : dans la lignée grimaçante de [g]Shining[/g], il tord son jeu, à partir de sa prestation du Jocker qui eclipse totalement le reste du casting de [g]Batman[/g], jusqu'au grotesque et se familiarise avec des comédies comme Self Control avec Adam Sandler ou Pour le meilleur et pour le pire de James L. Brooks, dans lesquels ses manies obsessionnels touchent souvent à la folie. Il apparaît dans ces films comme une caricature de lui même, comme si l'acteur, qui a accédé depuis des années au rang d'icône, portait son propre masque sur le visage. Jouant sur l'image qu'il représente, le comédien se fait encore génialement excessif dans sa composition de truand lunatique dans [g]Les Infiltrés[/g] de Scorsese. Parallèlement à ces rôles, il incarne aussi plus sobrement, et dans la lignée de ses rôles du tournant des années 60 et 70, des personnages plus sombres comme ses rôles torturés dans les films de Sean Penn en témoingnent : on le voit en homme dévoré par la vengeance dans The Crossing Guard, et en flic obsédé par une affaire irrésolue dans The Pledge. Conscient de son âge, on le voit aussi de plus en plus incarner des personnes âgés, mais toujours dynamiques et fantaisistes, comme dans Monsieur Schmidt ou Sans plus attendre.

Filmographie de Jack Nicholson

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