Votre historique
Un Prophète
Drame de Jacques Audiard avec Adel Bencherif, Niels Arestrup, Tahar Rahim...
Interdit aux - de 12 ans
- Durée : 2h35
Sortie le 26 août 2009
À 57 ans, Jacques Audiard transcende son cinéma avec ce polar puissant et fiévreux sur l’univers carcéral. Porté par la performance magistrale d’un jeune acteur, c’est un chef-d’œuvre ciselé, un diamant noir. Comme à son habitude, le réalisateur suit les pas d'un looseer, une victime de la vie qui va se redresser et affronter le monde. Ce long-métrage a séduit le jury de Cannes qui lui a décerné le Grand Prix.
Résumé
Il vient d’avoir 19 ans, mais ce n’est pas le plus bel âge de sa vie. Condamné à six ans de prison, paumé et analphabète, Malik El Djebena patauge dans l’enfer carcéral. Entre le clan des mafieux corses, qui font régner leur loi, et les Musulmans, plutôt du genre radical, il lui faut choisir son camp. Après un rite d’initiation particulièrement macabre, il tombe sous la coupe d’un parrain, César Luciani (Niels Arestrup). Moitié esclave domestique, moitié exécuteur des très basses œuvres, le jeune homme apprend vite et, au fil des « missions », s’endurcit. Son intelligence lui permet aussi de développer discrètement son propre réseau… S’il était une couleur, Un prophète serait un noir lumineux. Pour son cinquième film, Jacques Audiard, 57 ans, s’immerge dans l’univers carcéral et en révèle la vie souterraine, les codes et l’économie parallèle. Trois années ont été nécessaires pour tisser ce brillant scénario. Cela en valait la peine : Un prophète a galvanisé le public du dernier Festival de Cannes. Comme dans De battre mon cœur s’est arrêté, Audiard s'intéresse à l’apprentissage de son personnage et à son émancipation de la figure paternelle, une nouvelle fois incarnée par l’excellent Niels Arestrup. Pour mener la danse, Audiard a choisi le jeune Tahar Rahim, un quasi inconnu qu’il avait remarqué dans la série de Canal + La Commune. C’est une authentique révélation. L’acteur impressionne par sa détermination et son naturel. Il se voue littéralement à son personnage. Happés par une mise en scène délibérément étouffante, on suit avec passion la mue de cette petite frappe en un authentique malfrat. Un vrai choc. « Ce type de personnage casse l’idée générale qu’il n’y a pas que les sanguins à gros bras qui l’emportent, explique Jacques Audiard. En suivant le parcours de Malik, on observe un cerveau en action, un cerveau qui donne des preuves d’adaptabilité phénoménale que le personnage va d’abord utiliser dans des comportements opportunistes, survivre, pour ensuite améliorer son sort. »
Tahar le prophète
Né en 1982 à Belfort, Tahar Rahim a été découvert par Cyril Mennegun, qui lui a consacré en 2005 un docu-fiction, « Tahar l’étudiant ». Après avoir fait ses armes sur les planches, le jeune acteur décroche son premier rôle au cinéma dans un film d’horreur : « À l’intérieur », d’Alexandre Bustillo et Julien Maury. Il se fait ensuite connaître du grand public grâce à la série « La Commune » sur Canal +, où il campe une petite frappe de cité. C’est ainsi que Jacques Audiard l’a remarqué.
Questions à… Jacques Audiard
Quel était votre objectif avec ce film ?
Jacques Audiard : Avec mon co-scénariste, nous avons travaillé pour transformer le sujet d’Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit en une histoire de cinéma pertinente et contemporaine. Nous voulions fabriquer des héros à partir de figures dépourvues de représentation iconique, comme les Arabes, par exemple. En France, le cinéma a tendance à confiner ces populations dans des représentations naturalistes et sociologiques. L’idée était de faire un pur film de genre, un peu à la manière du western, qui a mis en lumière des visages que l’on ne connaissait pas et les a transformés en héros.
Avant d’accéder au pouvoir, votre héros doit « sauver sa peau »…
J. A. : En effet. Il s’agit de présenter un personnage dans un dénuement total pour pouvoir ensuite l’observer dans le processus de constitution de sa personnalité. Malik va se hisser à une position qu’il n’aurait jamais atteinte s’il n’était pas allé en prison : c’est le paradoxe.
Un Prophète est-il un film moral ?
J. A. : Ce qui aurait été immoral, c’est de faire de Malik un personnage sans conscience. Or, il a conscience du bien et du mal car, justement, on lui a fait du mal.
Avez-vous eu conscience de réaliser un film ancré dans la culture populaire ?
J. A. : C’est ce dont j’avais envie, mais je souhaitais faire un anti-Scarface. Pour moi, les névropathes sont de purs crétins et ne peuvent en aucun cas être des objets d’identification. En revanche, un film comme La Haine, de Matthieu Kassovitz, a capté quelque chose auquel je suis sensible. Si Un Prophète va parfois sur le même terrain, c’est volontaire : il existe un manque que ces deux films cherchent à dénoncer.
Bande annonce - Un Prophète
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